Ouvrage réalisé avec l'aide et à partir des archives de Jean-Jacques Mathieu, animateur du Terrain d'aventure.
Entre 1975 et 1985, cet espace de jeu clôturé, qui se trouvait notamment à l'emplacement du lycée Diderot et de la maison de quartier Jacques Brel, a accueilli des centaines de jeunes du quartier, qui pouvaient y laisser libre cours à leur imagination en construisant des cabanes ou en fabriquant des objets, à partir de matériaux récupérés.
Les terrains d'aventure, véritables espaces d'apprentissage par le jeu inventés en 1943 au Danemark et implantés en France après la Seconde guerre mondiale, constituent alors une solution éducative temporaire à une situation de crise. Occupant les terrains vagues des villes européennes bombardées, les junk playgrounds représentent pour la société d'après-guerre un moyen de prendre en charge la jeunesse déboussolée, dans un climat où les limites entre résistance et délinquance sont brouillées. Dans un contexte de pénurie générale, les premières années de la Reconstruction légitiment dans les villes, les actes d'appropriation, de réutilisation, de détournement et de conversion des déchets en ressources. Les terrains d'aventure permettent alors d'occuper à la fois un vide social en mobilisant la pédagogie du jeu comme un instrument pour intervenir sur les comportements des enfants et un vide spatial en répondant à l'urgence de reconstruire vite sur les ruines urbaines.